Le fer

Fer héminique contre fer non héminique

Il est généralement pensé que les personnes qui consomment des aliments à base de plantes sont plus susceptibles de souffrir d’une carence en fer, mais il s’avère qu’elles ne sont pas plus susceptibles que d’autres de souffrir d’anémie ferriprive (1). Cela s’explique peut-être par le fait que non seulement les personnes qui suivent un régime sans viande ont tendance à avoir plus de fibres, de magnésium et de vitamines A, C et E : ils reçoivent aussi plus de fer (2). Mais le fer présent dans les plantes est du fer non héminique. Les personnes qui consomment une alimentation sans viande ne reçoivent pas du fer héminique contenu dans le sang et les muscles, ce qui peut être une bonne chose. L’évitement du fer héminique pourrait être l’un des éléments clef de la protection des plantes contre le syndrome métabolique et pourrait également contribuer à réduire le risque de maladie cardiaque (3).

Le lien entre l’apport en fer et les maladies coronariennes a fait l’objet de débats controversés, mais les preuves peuvent être faussées du fait que la majorité du fer alimentaire provient principalement de plantes, de sorte que l’apport total en fer est associé à un risque plus faible de maladies cardiaques. Mais si l’on ne regarde que l’apport en fer contenu dans la viande, il est associé à un risque beaucoup plus élevé de maladie cardiaque (Fig.2). On pense que cela est dû au fait que le fer peut agir comme un pro-oxydant contribuant au développement de l’athérosclérose en oxydant le cholestérol avec les radicaux libres (4). Le risque a été quantifié comme une augmentation de 27% du risque de coronaropathie pour chaque milligramme de fer héminique consommé quotidiennement (5).

La même chose a été trouvé pour le risque d’accident vasculaire cérébral. Les études sur l’apport en fer et l’AVC ont eu des résultats contradictoires, mais c’est peut-être parce qu’elles ne s’étaient jamais séparées du fer non héminique, jusqu’à une étude qui a révélée que l’ingestion de fer héminique (et non de fer non héminique) était associée à un risque accrue d’accident vasculaire cérébral (6), ainsi que de diabète. Un apport élevé en fer héminique était associé de manière significative à un risque plus élevé de diabète de type 2, mais pas de fer total ou non héminique : Augmentation de 16% du risque pour chaque milligramme de fer héminique consommé (7). Il en va de même pour le cancer, avec un risque accru jusqu’à 12% pour chaque milligramme d’exposition quotidienne au fer héminique (8). En fait, il est possible de déterminer la quantité de viande que quelqu’un mange en regardant ses tumeurs. Pour caractériser les mécanismes sous-jacents au développement du cancer du poumon lié à la viande, ils ont demandé aux patients atteint du cancer du poumon quelle quantité de viande ils mangeaient. Ils ont ensuite examiné les schémas d’expression génique de leurs tumeurs et ont identifié un schéma de signature de l’expression génique liée à l’hème. Bien qu’ils se soient uniquement intéressés au cancer du poumon, ils s’attendent à ce que ces changements d’expression génique liés à la viande se produisent également pour d’autres cancers (9).

Nous avons besoin de suffisamment de fer. Environ 3% (2.6%) des femmes blanches non ménopausées souffrent d’anémie ferriprive, mais les taux sont plus élevés chez les Afro-américains et les mexicains-américains (Table 4) (10). Compte tenu des principales causes de mortalité (maladies cardiovasculaire, cancer, diabète), la source de fer la plus saine semble être le fer non héminique, que l’on trouve naturellement en abondance dans les grains entiers, les haricots, les pois cassés, les pois chiche, les lentilles, les légumes à feuilles vert foncé, les fruits secs, noix et graines. L’inquiétude réside dès lors dans la consommation du fer héménique, de provenance animale, qui en raison de son risque potentiel de cancer, n’est pas considéré comme sûr pour la population, à ajouter dans les aliments comme les compléments ou autres produits transformés (11).

 

Les risques associés aux suppléments de fer

Le fer est une épée à double tranchant. Si nous n’en absorbons pas assez, nous risquons l’anémie. Mais si nous en absorbons trop, nous risquons d’augmenter nos risques de cancer colorectal, de maladie cardiaque, d’infection, de troubles neurodégénératifs et d’affections inflammatoires. Parmi les autres affections associés à un apport élevé en fer figurent Alzheimer, Parkinson, l’arthrite et le diabète (12).

Parce que le corps humain n’a aucun mécanisme pour se débarrasser de l’excès de fer, nous avons évoluer pour réguler l’absorption du fer. Si nos réserves de fer sont basses, nos intestins stimulent l’absorption du fer, et si nos réserves de fer sont complètes, nos intestins en bloquent l’absorption pour maintenir un niveau optimal (fig.1) (13). Mais cela ne fonctionne qu’avec le fer contenu dans les aliments d’origine végétal, la source principale de fer dans l’alimentation humaine. Notre système digestif ne peut pas réguler le fer contenu dans le sang ingéré (fer héminique). Le fer contenu dans les aliments d’origine animale peut facilement traverser notre barrière intestinale, même si notre système en contient déjà trop. Le corps humain n’a aucun moyen de contrôle sur cela (fig.1) (14).

En fait, certains pensent que la surcharge en fer peut être une raison pour laquelle la consommation de viande a été liée au risque de cancer du sein. Le fer est un pro-oxydant et peu induire un stress oxydatif et des dommages à l’ADN. Une consommation élevée de fer dans les sociétés développés peut, avec le temps, conduire à un état physiologique de surcharge en fer chez les femmes ménopausées, qui ne perdent plus de sang chaque mois. La surcharge en fer favorise la production de radicaux libres, l’oxydation des graisses, les dommages à l’ADN et peut contribuer à la cancérogenèse du sein (cancer du sein) indépendamment ou en potentialisant les effets des autres éléments cancérigènes (estradiol, ethanol…) (15).

Seules les personnes ayant un diagnostic confirmé d’anémie ferriprive devraient envisager de compléter leur apport en fer et, même dans ce cas, cela peut être risque. Une étude a montré qu’une augmentation significative du stress oxydatif se produisait dans le corps des femmes recevant des suppléments de fer (16).

Avant de prendre des suppléments, il serait peut être judicieux d’en parler à son médecin et d’essayer de traiter cette carence par le biais d’un régime alimentaire uniquement. En mangeant des aliments sains, riches en fer, comme les pois chiche et des graines de citrouilles, tout en consommant des aliments riches en vitamine C au cours du même repas avec des agrumes, fruits tropicaux, brocoli et poivrons qui améliorent l’absorption du fer par les plantes. Tout en évitant de boire du thé et du café avec le repas, ce qui peut nuire à l’absorption du fer.

Étant donné que les acides organiques comme la vitamine C peuvent augmenter l’absorption du fer, la société Coca-Cola a commandé une étude pour savoir si la consommation de son produit en ferait de même. La réponse est négative (17).

 

 

  1. A V Saunders, W J Craig, S K Baines, J S Posen. Iron and vegetarian diets. Med J Aust. 2013 Aug 19;199(4 Suppl):S11-6. doi: 10.1016/j.ijcard.2013.12.176.
  2. B Farmer, B T Larson, V L Fulgoni 3rd, A J Rainville, G U Liepa. A vegetarian dietary pattern as a nutrient-dense approach to weight management: an analysis of the national health and nutrition examination survey 1999-2004. J Am Diet Assoc. 2011 Jun;111(6):819-27. doi: 10.1016/j.jada.2011.03.012.
  3. G Turner-McGrievy, M Harris. Key elements of plant-based diets associated with reduced risk of metabolic syndrome. Curr Diab Rep. 2014;14(9):524. doi: 10.1007/s11892-014-0524-y.
  4. J Hunnicutt, K He, P Xun. Dietary iron intake and body iron stores are associated with risk of coronary heart disease in a meta-analysis of prospective cohort studies. J Nutr. 2014 Mar;144(3):359-66 doi: 10.3945/jn.113.185124.
  5. W Yang, B Li, X Dong, X Q Zhang, Y Zeng, J L Zhou, Y H Tang, J J Xu. Is heme iron intake associated with risk of coronary heart disease? A meta-analysis of prospective studies. Eur J Nutr. 2014;53(2):395-400. doi: 10.1007/s00394-013-0535-5.
  6. J Kaluza, A Wolk, SC Larsson. Heme iron intake and risk of stroke: a prospective study of men. Stroke. 2013 Feb;44(2):334-9. doi: 10.1161/STROKEAHA.112.679662.
  7. W Bao, Y Rong, S Rong, L Liu. Dietary iron intake, body iron stores, and the risk of type 2 diabetes: a systematic review and meta-analysis. BMC Med. 2012 Oct 10;10:119. doi: 10.1186/1741-7015-10-119.
  8. A Fonseca-Nunes, P Jakszyn, A Agudo. Iron and cancer risk–a systematic review and meta-analysis of the epidemiological evidence. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2014 Jan;23(1):12-31. doi: 10.1158/1055-9965.EPI-13-0733
  9. T K Lam, M Rotunno, B M Ryan, A C Pesatori, P A Bertazzi, M Spitz, N E Caporaso, M T Landi. Heme-related gene expression signatures of meat intakes in lung cancer tissues. Mol Carcinog. 2014 Jul;53(7):548-56. doi: 10.1002/mc.22006.
  10. S E Cusick, Z Mei, D S Freedman, A C Looker, C L Ogden, E Gunter, M E Cogswell. Unexplained decline in the prevalence of anemia among US children and women between 1988-1994 and 1999-2002. Am J Clin Nutr. 2008 Dec;88(6):1611-7. doi: 10.3945/ajcn.2008.25926.
  11. EFSA Panel on Food Additives and Nutrient Sources added to Food. Scientific Opinion on the safety of heme iron (blood peptonates) for the proposed uses as a source of iron added for nutritional purposes to foods for the general population, including food supplements. EFSA Journal 2010;8(4):1585 [31pp.]. doi:10.2903/j.efsa.2010.1585
  12. Geissler C, Singh M. Iron, Meat and Health . Nutrients. 2011 Mar; 3(3):283-316.
  13. Steele TM, Frazer DM, Anderson GJ. Systemic regulation of intestinal iron absorption. IUBMB Life. 2005 Jul; 57(7):499-503.
  14. West AR, Oates PS. Mechanisms of heme iron absorption: Current questions and controversies. World J Gastroenterol. 2008 Jul 14; 14(26):4101-10.
  15. Kabat GC. Rohan TE. Does excess iron play a role in breast carcinogenesis? An unresolved hypothesis. Cancer Causes Control. 2007 Dec;18(10):1047-53. Epub 2007 Sep 6
  16. Tiwari AK, Mahdi AA, Chandyan S, Zahra F, Godbole MM, Jaiswar SP, Srivastava VK, Negi MP. Oral iron supplementation leads to oxidative imbalance in anemic women: a prospective study. Clin Nutr. 2011 Apr;30(2):188-93. doi: 10.1016/j.clnu.2010.08.001.
  17. Collings R, Fairweather-Tait SJ, Dainty JR, Roe MA. Low-pH cola beverages do not affect women’s iron absorption from a vegetarian meal. J Nutr. 2011 May; 141(5):805-8.