Quand être en bonne santé, signifie malade
Il est compliqué de faire le tri parmi l’avalanche d’informations souvent contradictoire, pour décider de ce qui est le mieux à faire en matière de nutrition. La meilleure solution est d’utiliser les meilleurs preuves disponibles.
Une méta-analyse de 2013, regroupement de données de plus d’une douzaine d’études impliquant plus de 300000 personnes, indique qu’il existe une association dépendante de la dose entre la consommation d’œufs et le risque de maladies cardiovasculaires et le diabète (1). Cette conclusion ne signifie pas que chaque étude individuelle a démontré des preuves de dommages. Même si la majorité des études, des preuves, pointent vers des dommages, il arrive que certaines études ne mettent pas d’effet apparent avec la consommation d’œufs. Et si les œufs sont si nocifs, pour quelle raison les études sur les maladies cardiovasculaires et la consommations d’œufs ne montrent-elles toutes pas des dommages importants ?
L’explication peut venir avec le concept de Rose d’une « population malade ». Si une population entière est malade, alors la plage « santé » peut ne pas être suffisamment large pour établir une association significative (2).
Prenons le cas où tout le monde fumerait 20 cigarettes par jour. Si tout le monde fumait, les études cliniques, les études cas-témoins, et les études cohortes nous amèneraient toutes à conclure que le cancer du poumon est une maladie génétique, et dans un sens, ce serait vrai. Certains fumeurs développent le cancer ; d’autres fument toute leur vie et le développent pas, mais si tout le monde fumait, nous ne pourrions jamais savoir que le tabagisme était un facteur de risque. Heureusement, dans le cas des cigarettes et du cancer du poumon, il se trouve que les populations de l’étude originale contenaient à peu près un nombre égal de fumeurs et de non-fumeurs, et dans cette situation, les études sont en mesure d’identifier le principal facteur de risque (3).
Si l’on prend le cas du cholestérol. En figure 3, l’on peut voir les niveaux de cholestérol de la population sans maladies cardiaques dans l’étude Framingham. Ainsi que les niveaux de cholestérol pour ceux développant des maladies cardiaques. On peine ici à voir des différences. Parce que le taux de cholestérol de pratiquement tout le monde était trop élevé. C’est comme si tout le monde était un fumeur. La triste vérité est que même quelqu’un à « faible risque » de maladie cardiaque est susceptible de mourir d’une maladie cardiaque. Tout le monde qui mange le régime standard occidental, en fait, est une personne à haut risque en ce qui concerne les maladies du cœur. Dans une population malade comme la notre, où presque tout le monde mange beaucoup de gras saturés et de cholestérol, ajouter un peu plus de gras saturés et de cholestérol sous la forme d’œufs peut juste nous apporter d’état de risque de probablement mourir d’une maladie cardiovasculaire à un autre état de risque qui est encore de probablement mourir d’une maladie cardiaque (3).
Ainsi, les recommandations actuelles disent de limiter le cholestérol alimentaire à 300mg en France, voir d’éviter au maximum d’en consommer selon les recommandations aux États-Unis (4). Une homme de 20 ans pourrait penser que c’est sécuritaire de fumer et de manger les jaunes d’œufs parce que sa crise cardiaque est dans 45 ans ou plus dans le futur. Mais pourquoi voudrait-il accélérer la progression de la plaque d’athérosclérose pour l’avoir plus tôt ? Arrêter les jaunes d’œufs après une crise cardiaque serait comme cesser de fumer après que le cancer du poumon soit diagnostiqué (2).
Il peut également y avoir un plateau de risque comme pour le tabagisme. Que l’on fume depuis 25 ans ou 35 ans, le risque de cancer du poumon est à peu près le même (très élevé pour les deux) (Table II). Ainsi, l’industrie du tabac pourrait honnêtement dire à quelqu’un qui a fumé pendant la majeure partie de leur vie, pour les 25 dernières années, qu’en continuant de fumer, le risque de cancer du poumon ne va pas augmenter (5). Il se passe la même chose dans l’agroalimentaire. Par exemple, l’industrie des œufs peut concevoir une étude montrant que l’ajout d’œufs ne fait pas beaucoup de différence, mais en faisant la même omission pratique, que l’arrêt, permettrait d’améliorer son état de santé. L’analogie pourrait également être faite avec une personne alcoolique. Si l’on prend un ivrogne, qu’on lui donne un verre de whisky. Pour une personne saoul, ça ne ferait pas grande différence, mais pour une personne qui ne boit pas d’alcool, cet unique verre pourrait visiblement modifier son état, avoir un effet visible. (analogie du feu possible aussi ).
Il serait peut-être nécessaire de revoir les valeurs normatives en place actuellement et qui représentent un risque pour la santé des personnes et de se tourner vers des valeurs à faible risque, notamment dans le cas du cholestérol (3).
- Y Li, C Zhou, X Zhou, L Li. Egg consumption and risk of cardiovascular diseases and diabetes: A meta-analysis. Atherosclerosis 2013 229(2):524 – 530.
- J D Spence, D J A Jenkins, J Davignon. Egg yolk consumption, smoking and carotid plaque: Reply to letters to the Editor by Sean Lucan and T Dylan Olver et al. Atherosclerosis 2013 227(1):189 – 191.
- G Rose. Sick individuals and sick populations. International journal of epidemiology 2001 30(3):427 – 432.
- U.S. Department of Health and Human Services and U.S. Department of Agriculture. 2015 – 2020 Dietary Guidelines for Americans. 8th Edition. December 2015.
- V Gajalakshmi, R J Hung, A Mathew, C Varghese, P Brennan, P Boffetta. Tobacco smoking and chewing, alcohol drinking and lung cancer risk among men in southern India. Int J Cancer 2003 107(3):441 – 447.
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