La santé osseuse

Pour la majeure partie du siècle dernier, la théorie prévalente en nutrition était qu’une alimentation qui acidifie le système comme de la viande, était susceptible de faire uriner le calcium des os (1). Ceci, du au fait que des expérimentations faites dans les années 1920 démontraient que lorsqu’on ajoutait de la viande à notre alimentation, on obtenait une augmentation de la quantité de calcium évacué dans les urines (2). Cette théorie faisant sens avec le fait qu’on savait déjà auparavant (1912) que la consommation de viande formait de l’acidité dans notre corps et que l’acidité pouvait être contrecarré avec du calcium (3). Sachant que la viande et les œufs ont beaucoup d’acides aminés contenant du sulfure, allant de 2 à 5 fois plus que dans les céréales et légumineuses, qui une fois métabolisé se transforme en acide sulfurique, qui est contrebalancé avec du calcium par notre organisme, de nos réserves de calcium, c’est à dire notre squelette. Il était donc établit que chaque fois que nous consommions de la viande, notre corps prenait le calcium des os petit à petit ce qui amenait à l’ostéoporose (1). Sachant que pour chaque 40g de protéines ajoutées à l’alimentation, 50mg de calcium sont évacués via les urines. Et si l’on considère avoir 1,8kg de calcium dans notre squelette, ça représente près de 1,8% de perte annuelle (5). Mais dans la pratique ce n’est pas ce qui se produit et ce n’est également pas ce que ces études sur la consommation de protéine et la santé des os, ce n’est pas la conclusion qui y est trouvée (6). Il n’existe aucune controverse sur le fait que les protéines augmentent l’excrétion de calcium dans les urines. Le problème était de présumé que ce calcium venait des os (7). La solution pour résoudre ce mystère a été trouvée par un groupe de chercheur qui ont fait avalé à des volontaires du calcium radioactif. Ils ont mis les volontaires sur une diète à haute teneur en protéines. Comme attendu, la quantité de calcium dans les urines à drastiquement augmentée (fig. 1). À la surprise générale, le calcium rejeté dans les urines était radioactif, signifiant que le calcium excédentaire dans les urines provenait de l’alimentation et non des os. En fait, lors de la consommation supplémentaire de protéines a augmenté l’absorption de calcium de 19% à 26% (fig. 1). Environ 93% du surplus de calcium dans l’urine après avoir mangé de la viande semble provenir de l’alimentation et non des os (8). C’est une hypothèse, mais peut-être que les protéines augmentent l’absorption de fer, peut-être que les protéines augmentent la solubilité du calcium en stimulant la production d’acide dans l’estomac (9). Alors oui il y a plus de calcium perdu, mais il y a également plus de calcium absorbé en parallèle (fig. 1)(8). Une nouvelle étude pour confirmé a été élaborée. D’un côté des participants ont une diète favorisant un environnement acide avec l’équivalent par jour de 5 burgers tout en limitant l’apport de fruits et légumes. Comparé à une alimentation promouvant la formation d’un milieu basique qui met l’emphase sur les fruits et légumes. Sans surprise, plus de calcium dans l’urine des mangeurs de viande, mais une absorption accrue du calcium faisant qu’à la fin de l’étude, les deux diètes étaient équivalente en terme de calcium (10). Une autre étude, avec toujours une alimentation à haute teneur en protéine animal, mais cette fois-ci en y ajoutant un sel basique qui neutralise l’acidité formée. Si l’on suit la logique, précédente, il ne devrait pas y avoir de perte de calcium dû au fait qu’il n’y a pas d’acide à contrecarrer. Mais il y a quand même eu un excédant de calcium trouvé dans les urines, en accord avec l’étude sur le calcium radioactif. Venant contredire le dogme centenaire qui dit que la consommation de protéine animale résulte en acidose qui fait la promotion de pertes additionnelles de calcium (11).

Il semblerait que l’acide soit neutralisé non pas avec le calcium de nos os, mais avec le calcium de nos muscles. Une alimentation ayant des effets basique pourrait protéger notre masse musculaire. À savoir, notre sang devient plus acide en vieillissant, à mesure que nos fonctions rénales diminuent (fig. 2A) (12). Ce qui expliquerait peut-être pourquoi nous perdons de la masse musculaire en vieillissant. L’alimentation moderne occidentale, basé sur les produits animaux, génère une quantité d’acide qui peut causer un état d’acidose chronique et grandissant sur toute la durée de vie (4). Cet état d’acidose chronique pourrait contribuer à la perte progressive de la masse musculaire au fil des ans (12). La perte de muscle semble être une réponse adaptative à l’acidose. Car lorsque nos muscles se défont, des acides aminés sont relâchés dans le sang. Le foie peut ensuite prendre ces acides aminées et faire de la glutamine, que les reins pourront utiliser pour éliminer l’excédant d’acide. Dans cette étude, ils ont observés que ceux âgés de plus de 65ans et mangeant une diète alcaline étaient plus en mesure de préserver leur masse musculaire, amenant les chercheur à penser que la raison était la consommation de végétaux comme les fruits et les légumes qui sont alcalins, aidant ainsi à enlever cet état d’acidose qui survient en mangeant un régime typiquement américain (13).

Il a été montré par la suite, qu’une alimentation alcaline est bénéfique pour la santé, mais également que le pH de l’urine a de l’importance quelque soit la diète (14). Les bénéfices d’une urine alcaline sont au nombre de deux. Un plus bas risque de calculs rénaux et d’une meilleure élimination de l’acide urique (fig. 2)(4). Car une urine alcaline est efficace pour éliminer l’acide urique du corps (15). Sachant que l’acide urique augmentant potentiellement  les risques d’AVC, de maladies cardiovasculaire et de mort en général (16). L’alimentation végétarienne typique forme un environnement alcalin, tandis que ceux qui consomment de la viande ont un environnement acide. Comme la protéine des plantes est généralement riche en potassium (qui forme un environnement alcalin), il y a de bonnes raisons de penser qu’il est préférable d’obtenir ses besoins en protéines de préférence avec des sources végétales (17).

Le végétalisme plus à risque pour l’ostéoporose ?

Il est possible d’améliorer sa santé osseuse via différents leviers. Comme vu précédemment, bien qu’une alimentation acide n’est à priori pas de lien direct sur la perte de calcium des os. Mais, même si le calcium reste un élément indispensable, d’autres le sont tout autant et permettre d’améliorer la santé osseuse et notamment de réduire les risques d’ostéoporose.

Cette maladie qu’est l’ostéoporose touche environ 200 millions de personnes dans le monde. Elle est caractérisée par une diminution de la masse de l’os et une détérioration de la structure interne du tissu osseux, mais également d’une réduction osseuse excessive. La densité minérale osseuse, prédicteur le plus robuste et le plus cohérent de fracture ostéoporotique, étant diminuée, les os sont plus fragiles et accroissent les risques de fractures. Il est possible d’améliorer la densité osseuse via l’alimentation. Et la consommation de végétaux est associée à une augmentation de la densité minérale osseuse. Car il existe une vaste gamme de micronutriments et de composés photochimiques dans les plantes qui peuvent être de puissants promoteurs de la santé des os. La consommation de végétaux devraient être encouragé par les professionnels de santé et particulièrement en milieu de vie, quelque soit le régime alimentaire sous-jacent (18). À l’inverse, un schéma nutritionnel basé sur la consommation de produits animaux est associé à un risque plus important de fractures, suggérant qu’une alimentation centré sur les produits animaux est corrélée à la fragilité osseuse (19). Au vu de cette logique, on pourrait penser qu’il y a moins d’ostéoporose chez les personnes ayant un régime à base de plantes.
Des études ont comparés la prévalence de l’ostéoporose selon les régimes alimentaires, entre végétariens et omnivores. Dans cette étude de 1972, la densité osseuse mesurée était significativement plus élevée chez les végétariens que les omnivores. La densité osseuse des végétariens de 70ans était supérieure aux omnivores de la cinquantaine (table 2). Il avait été conclu que les végétariens étaient moins à risque d’ostéoporoses que les omnivores (20). Mais cette étude est totalement fausse du fait des limitations techniques de l’époque. Les chercheurs avaient usés des rayons X et ils avaient fait des erreurs de lecture. Ils donnaient un score plus élevé pour les os foncés sur les rayons X. Mais cela voulait en fait dire qu’il y avait moins d’os. La conclusion réelle est donc le contraire de l’étude, c’est à dire que les végétariens ont un plus grand risque d’ostéoporose que les omnivores (21). Maintenant, pour déterminer la composition corporelle, les scans DEXA sont utilisés.
Bien plus tard et avec des moyens plus fiables. Plusieurs études (au nombre de 9) ayant trait au même sujet sont sortis. Et dans l’ensemble, ils suggèrent ce que la première étude aurait du conclure. Que les régimes végétariens et en particulier, les régimes végétaliens , sont associés à une densité minérale osseuse plus faible. Mais il est important de noter que bien que les résultats de densité osseuse sont inférieures, ils ne sont cliniquement pas significatifs dans le monde réel car la différence est trop faible. Il n’y a donc aucun effet néfaste pour les régimes végétariens sur la santé osseuse (22). De plus, les études donnant une densité minérale osseuse plus faible ne prenaient pas en compte plusieurs facteurs de confusion essentiels tels que les différences de poids corporel (23). Nous savons que les personnes obèses ont des os plus solides. La raison est que les personnes obèses soulèvent plus de poids. C’est la raison pour laquelle la densité osseuse est plus importante chez les personnes obèses que les personnes plus légères. Les végétariens et spécialement les végétaliens ont un taux d’obésité bien inférieur aux omnivores (24). Mais, même avec ces résultats, le végétarisme n’était pas considéré comme un risque plus sérieux pour l’ostéoporose (23).
Une nouvelle méta-analyse en 2018 sur le même sujet recense une vingtaine d’études (plus de 37000 participants). Même résultat que précédemment (25). Le problème est qu’ils n’ont toujours pas pris en compte les facteurs d’obésités. Ils n’ont également pas contrôlé les facteurs que l’âge, le tabagisme, exercice… Les résultats sont dès lors ininterprétables (26).
Deux ans plus tard, les ajustements ont été opérés. Le titre parle de lui même, en écrivant que les différences de densités minérales entre les végétariens et non végétariens deviennent marginales lorsqu’elles tiennent compte des différences dans les facteurs de taille corporelle. Expliquant ainsi que si les végétariens ont une densité osseuse généralement inférieure, c’est uniquement du au fait qu’ils ont également un IMC et un tour de taille généralement inférieurs également. Ce n’est donc pas la composition des régimes alimentaires qui provoque cette différence entre les végétaliens et omnivores (27).

Il est donc possible de conclure ici, que quelque soit le régime alimentaire, qu’un IMC bas est un facteur de risque de fractures. Ainsi, toutes les personnes faisant parti des catégories de faibles poids doivent être surveillées pour l’ostéoporose (28).
La solution est donc de porter régulièrement du poids via l’exercice, le sport. La musculation étant le sport le plus facilement recommandable, mais toute activité physique procure des effets bénéfiques à terme.

Aliments promoteur de la santé osseuse

À rédiger

  • aliments riches en phytates (légumineuses, céréales, graines (noix))
  • Oléagineux
  • Prunes

 

 

  1. L. M. Ausman, L. M. Oliver, B. R. Goldin, M. N. Woods, S. L. Gorbach, J. T. Dwyer. Estimated net acid excretion inversely correlates with urine pH in vegans, lacto-ovo vegetarians, and omnivores. J Ren Nutr 2008 18(5):456 – 465.
  2. H.C. Sherman, A.R. Rose, M.S. Rose. CALCIUM REQUIREMENT OF MAINTENANCE IN MAN. JBC Volume 44, Issue 1, 1 October 1920, Pages 21-27.
  3. H.C.ShermanA.O.Gettler. THE BALANCE OF ACID-FORMING AND BASE-FORMING ELEMENTS IN FOODS, AND ITS RELATION TO AMMONIA METABOLISM. JBC Volume 11, Issue 4, 1 May 1912, Pages 323-338.
  4. M. M. Adeva, G. Souto. Diet-induced metabolic acidosis. Clin Nutr 2011 30(4):416 – 421.
  5. M. P. Thorpe, E. M. Evans. Dietary protein and bone health: Harmonizing conflicting theories. Nutr. Rev. 2011 69(4):215 – 230.
  6. A. L. Darling, D. J. Millward, D. J. Torgerson, C. E. Hewitt, S. A. Lanham-New. Dietary protein and bone health: A systematic review and meta-analysis. Am. J. Clin. Nutr. 2009 90(6):1674 – 1692
  7. J. E. Kerstetter. Dietary protein and bone: A new approach to an old question. Am. J. Clin. Nutr. 2009 90(6):1451 – 1452
  8. J. E. Kerstetter, K. O. O’Brien, D. M. Caseria, D. E. Wall, K. L. Insogna. The impact of dietary protein on calcium absorption and kinetic measures of bone turnover in women. J. Clin. Endocrinol. Metab. 2005 90(1):26 – 31.
  9. J. Calvez, N. Poupin, C. Chesneau, C. Lassale, D. Tomé. Protein intake, calcium balance and health consequences. Eur J Clin Nutr 2012 66(3):281 – 295.
  10. J. J. Cao, L. K. Johnson, J. R. Hunt. A diet high in meat protein and potential renal acid load increases fractional calcium absorption and urinary calcium excretion without affecting markers of bone resorption or formation in postmenopausal women. J. Nutr. 2011 141(3):391 – 397.
  11. N. M. Maalouf, O. W. Moe, B. Adams-Huet, K. Sakhaee. Hypercalciuria associated with high dietary protein intake is not due to acid load. J. Clin. Endocrinol. Metab. 2011 96(12):3733 – 3740.
  12. L Frassetto, A Sebastian. Age and systemic acid-base equilibrium: analysis of published data. J Gerontol A Biol Sci Med Sci . 1996 Jan;51(1):B91-9.
  13. B. Dawson-Hughes, S. S. Harris, L. Ceglia. Alkaline diets favor lean tissue mass in older adults. Am. J. Clin. Nutr. 2008 87(3):662 – 665.
  14. G. K. Schwalfenberg. The alkaline diet: Is there evidence that an alkaline pH diet benefits health? J Environ Public Health 2012. 2012:727630.
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  18. Berg J, Seyedsadjadi N, Grant R. Increased Consumption of Plant Foods Is Associated with Increased Bone Mineral Density. J Nutr Health Aging. 2020;24(4):388-97.
  19. Melaku YA, Gill TK, Appleton SL, Taylor AW, Adams R, Shi Z. Prospective Associations of Dietary and Nutrient Patterns with Fracture Risk: A 20-Year Follow-Up Study. Nutrients. 2017;9(11):1198.
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  21. Meema HE. What’s good for the heart is not good for the bones? J Bone Miner Res. 1996;11(5):704.
  22. Ho-Pham LT, Nguyen ND, Nguyen TV. Effect of vegetarian diets on bone mineral density: a Bayesian meta-analysis. Am J Clin Nutr. 2009;90(4):943-50.
  23. Lanham-New SA. Is « vegetarianism » a serious risk factor for osteoporotic fracture?. Am J Clin Nutr. 2009;90(4):910-1.
  24. Qiao D, Li Y, Liu X, et al. Association of obesity with bone mineral density and osteoporosis in adults: a systematic review and meta-analysis. Public Health. 2020;180:22-8.
  25. Iguacel I, Miguel-Berges ML, Gómez-Bruton A, Moreno LA, Julián C. Veganism, vegetarianism, bone mineral density, and fracture risk: a systematic review and meta-analysis. Nutr Rev. 2019;77(1):1-18.
  26. Appleby PN, Key TJA. Letter: Veganism, vegetarianism, bone mineral density, and fracture risk: a systematic review and meta-analysis. Nutr Rev. 2019;77(6):451.
  27. Karavasiloglou N, Selinger E, Gojda J, Rohrmann S, Kühn T. Differences in Bone Mineral Density between Adult Vegetarians and Nonvegetarians Become Marginal when Accounting for Differences in Anthropometric Factors. J Nutr. 2020;150(5):1266-71.
  28. Shapses SA. Do We Need to Be Concerned about Bone Mineral Density in Vegetarians and Vegans? J Nutr. 2020;150(5):983-4.