Les athlètes végétariens

Le régime des gladiateurs

En 2007, les restes de dizaines de gladiateurs romains ont été découverts dans une fosse commune. Ils ont put être identifiés grâce aux types plutôt spécifiques de blessures mortelles (ex : tête transpercé par un trident). D’après leur squelette, il a pu être déterminé la violence de leurs morts, mais également essayer de reconstituer leur régime alimentaire à base d’orge et de haricots (1). Pour voir ce qu’ils mangeaient, on peut regarder les isotopes de carbone et voir quels types de plantes étaient ingurgités. Les isotopes d’azotes reflètent toute ingestion de protéines animales. On peut aussi regarder le souffre dans leurs os et la quantité de strontium (2). Ce qui a conduit les commentateurs à déclarer que les meilleurs athlètes de la Rome antique avaient des régimes alimentaires surtout à base de plantes. Ensuite, il y avait les légionnaires, les soldats de l’armée romaine, célèbres pour leurs compétences, qui avaient aussi un régime alimentaire similaire, ce qui suggère que les meilleurs combattants du monde antique étaient essentiellement des végétariens. Ces soi-disant parfaites machines de combats, les grands héros sportif du jour mangeaient surtout des céréales et des haricots (3).

Ce qui correspond aux indications quant à la nutrition sportive et aux régimes de choix pour les athlètes d’élite. La plupart des Grecs et des Romains étaient essentiellement végétariens, centrant leur régime autour des céréales, des fruits, des légumes et des haricots,  alors peut-être que le régime des gladiateurs n’était pas si remarquable que ça (4). Platon, préconisait les plantes, préférant les aliments végétaux pour leurs bienfaits pour la santé et leur efficacité (5. p2).

Les gladiateurs romains étaient certes appelés les « hommes de l’orge », mais est-ce parce que l’orge apporte force et endurance, ou était-ce seulement la nourriture de base que les gens mangeaient à l’époque. Pas nécessairement pour la performance physique, mais aussi parce que c’était bon marché (6). Si on considère les Spartiates modernes, les indiens Tarahumara (Mexique), ceux qui font des courses où ils shootent dans un ballon sur 100km juste pour le plaisir, courant toute une journée, toute une nuit, voir parfois une journée supplémentaire, ou 200km s’ils se sentent d’humeur. Le prix est une popularité particulière avec les dames. Sans doute, que jamais depuis l’époque des anciens Spartiates un peuple n’a atteint un tel niveau de conditionnement physique extrême (7). La nutrition des Indiens Tarahumara consiste au même genre de régime avec 75 à 80% d’amidon à base de haricots, maïs et de courge. Ils avaient les taux de cholestérol pour le prouver, des taux de cholestérol total de 136 (rendant une crise cardiaque impossible) (8). Et ce n’est pas à cause d’un patrimoine génétique spécial qu’ils ont, car si on leur donne suffisamment de jaunes d’œuf, leur taux de cholestérol monte en flèche (fig. 1) (9).

Les coureurs olympiques des temps modernes mangent les mêmes choses, avec un régime végétarien à 99%  centré surtout autour de divers féculents (10). Mais leurs performances se fait-elle grâce ou en dépit de leur régime. Ou n’a-t-elle rien à voir avec la nutrition. Bien que les bienfaits pour la santé des régimes davantage à base de plantes soient bien documentés, on en sait moins sur les effets de ces régimes sur la performance sportive. Ils ont donc comparé dans une étude transversale, les sportifs d’endurance d’élite végétariens avec les omnivores sur 2 plans : la forme aérobique et la force. Donc en comparant l’utilisation d’oxygène sur le tapis roulant, et la force des quadriceps lors des extensions de jambes. Les végétariens ont battu leurs homologues omnivores pour la forme cardiorespiratoire, mais aucune différence côté force. Ce qui suggère, à tout le moins, que les régimes végétariens ne compromettent pas la performance sportive (11). Il s’agissait d’une étude transversale. Peut-être que les athlètes végétariens étaient-ils plus en forme parce qu’ils s’entrainaient plus durement. Comme dans l’étude sur la santé des coureurs nationaux étudiant des milliers de coureurs : on a noté que les coureurs végétariens couraient beaucoup plus chaque semaine (Table. 1). Cela explique peut-être leur meilleure condition physique. Ou alors, peut-être que leur condition physique supérieure explique leurs plus grandes distances courues (12).

Pour réellement déterminer l’incidence de l’alimentation dans les performances sportives, il faut des études interventionnelle. En 1896, James Parsley a de toute évidence mené un club cycliste à la victoire, leurs concurrents ayant dû « manger du corbeau avec leur bœuf ». Un belge a testé ça en 1904 avec ceux au régimes davantage à base de plantes qui soi-disant soulevaient des poids environ 80% plus de fois (13).  Une série d’expérience à Yale, publiée il y a plus d’un siècle sur les effets de la consommation de viande sur l’endurance. 49 personnes ont été comparés : des athlètes réguliers (principalement des étudiants de Yale), des athlètes végétariens, puis juste des végétariens sédentaires. « L’expérience a mis à rude épreuve les revendications de ces végétariens ». À la grande surprise des chercheurs, les résultats ont semblé confirmer l’avantage des végétariens, suggérant que de ne pas manger de viande conduit à beaucoup plus d’endurance par rapport à ceux suivant le régime américain ordinaire. Le premier test d’endurance (p5) était combien de minutes on pouvait tenir les bras tendus horizontalement : mangeurs de viande contre végétariens. Les sportifs réguliers de Yale ont pu garder le bras tendu pendant environ 10 minutes en moyenne. Les végétariens ont fait 5 fois mieux. Le maximum atteint par les mangeurs de viande ne représentait que la moitié de la moyenne chez les végétariens. Seulement deux mangeurs de viande sont arrivés à tenir 15 minutes,  alors que plus de 2/3 des végétariens y sont arrivés. Aucun de ceux avec une alimentation conventionnelle n’a tenu une demi-heure. Alors que près de la moitié de ceux à l’alimentation végétarienne y sont parvenus. Neuf végétariens ont dépassés l’heure et quatre ont dépassé deux heures, et une personne plus de trois heures.

Pour les flexions du genou (p6), les mangeurs de viande en ont une moyenne de 383 flexions (1 a fait 1229 flexions), mais ils ont été battus par les végétariens même sédentaires. Même les végétariens sédentaires sont capables de faire mieux que des personnes sportives mangeuses de viande. Les végétariens sédentaires étaient dans la plupart des cas, des médecins qui restaient assis toute la journée. Côté récupération, ces grandes flexions ont donné des courbatures à tout le monde, mais davantage à ceux qui mangeaient de la viande. Parmi les végétariens, sur deux qui ont fait 2000 flexions, un est allé tout de suite courir sur la piste et l’autre est retourné à son travail d’infirmier. Par contre, parmi les mangeurs de viande, un homme qui en avait fait 254, n’a pas pu se relever et a dû être emmené car handicapé pendant plusieurs jours ; un autre a été affaibli pendant des semaines après s’être évanoui. On peut en déduire sans aucun doute, a conclu le chercheur sceptique de Yale, que le groupe d’athlètes mangeant de la viande était très inférieur en endurance par rapport aux végétariens, même sédentaires.

Certains ont affirmés que les aliments à base de viande contenaient une sorte de « poison qui épuise » mais un chercheur allemand qui a décrit ses propres expériences avec des athlètes a offert une réponse plus prosaïque. Dans son livre sur ce qui ressemble à des études physiologiques de chauffeurs « Uber » végétariens, il a émis l’idée que la supériorité végétarienne apparente n’était dû qu’à la formidable détermination à prouver qu’ils avaient raison et à répandre leur propagande, et qu’alors ils fournissaient juste plus d’effort dans les concours que leurs rivaux mangeurs de viande.

Les chercheurs de Yale avaient pensé à cela, et ont pris des précautions particulières pour stimulier au maximum les carnivores, faisant appel à leur fierté universitaire (Yale Spirit).

Ces expériences sont parvenues jusqu’au New York Times. Mais comment la vérité sur ce résultat n’est-elle pas plus illustre ? Une des raisons suggéré par le professeur Fischer est que les végétariens sont leur propre pire ennemi. Dans leur fanatisme, ils partent du principe que manger de la viande est mauvais (se basant souvent sur la bible ou une sorte de dogme) et passent de là à dire que manger de la viande est malsain. Ce n’est pas ainsi que la science fonctionne et de tels sauts logiques font qu’on les rejette comme fanatiques et empêche ainsi toute véritable enquête scientifique. Beaucoup de sciences, même à l’époque, indiquait une tendance distincte vers une alimentation plus végétale et pourtant le terme végétarien même il y a plus d’un siècle avait une connotation si mauvaise et si moraliste. L’attitude scientifique appropriée consiste à étudier la question de la consommation de viande exactement de la même manière que l’on étudie n’importe quelle autre question (14).

 

Les résultats d’une nutrition végétalienne sur les performances sportives sont-elles immédiates ? Où nécessitent-elles une vision de la nutrition végétalienne sur le long terme. Il y a plus d’un siècle, comme vu précédemment, il a été montré que les athlètes mangeant régulièrement de la viande avaient une endurance très inférieure même face à des végétariens sédentaires (14).

Il y a certainement des avantages en mangeant plus de plantes, comme plus d’antioxydants pour lutter contre le stress oxydatif induit par l’exercice (16), la nature anti-inflammatoire de nombreux aliments végétaux, cela peut accélérer la réparation musculaire et la récupération (17). Mais as-t-on besoin de manger plusieurs années comme les végétariens de l’étude de Yale (végétariens entre 4 et 20ans) pour obtenir des résultats apparents ? (14)

Si l’on prend par exemple 5 personnes au texas avec leur régime alimentaire habituel en les soumettant à un test d’effort maximum. Pour leur demander ensuite d’arrêter de la viande pendant une période de quatre jours, en leur donnant quelques recommandations diététique pour l’obtention de protéines. Après ces quatre jours, lors d’un nouveau test. Il y a eu une différence significative en faveur du régime végétarien en augmentant le temps jusqu’à épuisement d’environ 13% (voir graphique). En suivant un régime végétarien, chaque des sujets a effectué un meilleur temps (18). Le problème de cette étude était de faire pour tous, le même ordre dans la réalisation des tests. C’est à dire la viande d’abords, puis les légumes ensuite. Chacun des sujets s’étant également légèrement habitué à ce type d’exercice, on pu produire de meilleurs résultats. Il aurait fallu voir si les performances déclinaient après la reprise de la viande par exemple. Et même si l’effet est réel,, ce n’est peut-être pas la réduction de viande en soi, mais une fonction des meilleurs réserves de glycogène en mangeant plus de glucides ou autres (18). Si on soumets des athlètes à un régime végétarien ou omnivore pour une course de 1000 km en s’assurant de concevoir les régimes pour qu’ils obtiennent à peu près le même pourcentage de glucides, les résultats sont identiques, et les temps à quelques heures les uns des autres également (fig 12.1 p281) (19). Même chose avec le sprint. Randomiser les gens en groupes légumes ou régimes mixtes. Et aucune différence significative de puissance de sprint entre les deux groupes (fig 4.C). Ils concluent que le végétarisme « aigu » n’a pas d’effets indésirables apparents, mais aucun avantage apparent sur la performance non plus (20). De même avec la musculation. Mesurer la contraction volontaire maximale des biceps et des quads avant et après chaque période diététique, et aucune différence significative dans les deux sens (21).

En rassemblant toutes les études comparant les performances physiques. Dans ces études contrôlés randomisés, où il y a des gens mangeant plus à base de plantes pour seulement quelques jours ou quelques semaines. Et il ne semble y avoir aucune différence entre un régime végétarien et omnivore en puissance musculaire ou performance aérobique (22).

À long terme, cependant, un régime à base de plante peut être propice à la fois pour l’endurance et la santé (fig 12.4) (19). Sachant que les athlètes sont plus souvent concernés par la performance, un régime à base de plantes procurent également des bienfaits à long terme pour la santé et une réduction du risque de maladie chronique (23). Associé à un risque réduit de développer une maladie coronarienne, cancer du sein, cancers colorectaux, cancer de la prostate, diabète de type 2, résistance à l’insuline, hypertension, cataractes et démence (11).

 

 

  1. Kanz F, Grossschmidt K. Roman Gladiators-The osseous evidence. 2007: 139-140.
  2. Lösch S, Moghaddam N, Grossschmidt K, Risser DU, Kanz F. Stable isotope and trace element studies on gladiators and contemporary Romans from Ephesus (Turkey, 2nd and 3rd Ct. AD)- Implications for differences in diet. PLoS ONE. 2014;9(10):e110489.
  3. Longo UG, Spiezia F, Maffulli N, Denaro V. The Best Athletes in Ancient Rome were Vegetarian!. J Sports Sci Med. 2008;7(4):565.
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  9. Mcmurry MP, Connor WE, Cerqueira MT. Dietary cholesterol and the plasma lipids and lipoproteins in the Tarahumara Indians: a people habituated to a low cholesterol diet after weaning. Am J Clin Nutr. 1982;35(4):741-4.
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