Les causes et conséquences de la précocité de la puberté
L’apparition précoce de la puberté est considérée comme un facteur de risque pour un certain nombre de maladies à l’âge adulte, dont les cancers liés aux hormones, une durée de vie plus courte, le syndrome métabolique, et les maladies cardiovasculaire. Classiquement, on pense que la puberté est de plus en plus précoce, car les enfants deviennent de plus en plus gros. En particulier aux États-Unis (Fig.1). Mais alors que l’âge des premières règles a diminué aux États-Unis et en Asie, en Europe, bien que les enfants soient aussi de plus en plus gros, il n’y a pas eu une baisse constante de la puberté (fig.2A-B) (1). Il s’agit peut-être moins de la quantité de ce que les enfants mangent, mais plus de ce qu’ils mangent.
Le lien le plus cohérent entre l’alimentation et la puberté prématurée est la consommation de protéines animales. Par exemple, chaque gramme quotidien de protéines animales a été associé à une augmentation d’environ 17% du risque de puberté avant 12 ans chez les filles (2). Ce lien entre les protéines animales et la puberté précoce vient du fait qu’on sait que la viande augmente les niveaux de l’hormone de croissance IGF-1, qui est déjà associé à la puberté précoce (3). Mais les protéines animales ne sont peut-être qu’un intermédiaire pour les perturbateurs endocriniens qui s’accumulent dans la chaine alimentaire des produits animaux. Des rapports récents ont trouvés des associations significatives entre l’exposition aux polluants environnementaux et la maturité sexuelle en Europe (4). Des résultats similaires ont été trouvés aux États-Unis avec les produits chimiques retardateurs de flamme, par exemple (5). Qu’on trouve principalement dans la volaille et le poisson (6).
Au cours des trois dernières décennies, l’exposition humaine à ces niveaux de polluants industriels est passé de pratiquement inexistante, à la contamination de presque tout le monde. Ils ont des effets secondaires multiples, mais de toutes les toxicités potentielles, la perturbation du système endocrinien, c’est à dire la perturbation hormonale, peut-être la principale préoccupation chez les enfants. Les filles qui en ont le plus dans le sang, ont jusqu’à dix fois plus de risque de commencer leurs règles tôt (Table 4). Mais, comme l’on trouve ces produits essentiellement dans le poisson, la volaille (5) et produits laitiers, peut-être que les niveaux de ces produits chimiques dans leur sang ne sont qu’un reflet de la consommation de viande.
Quelle que soit la raison, la consommation de protéines animales est associée à la puberté précoce, tandis que les protéines végétales ont l’effet inverse. Les enfants avec des niveaux plus élevés de protéines végétales commencent leur puberté sept mois plus tard que la moyenne. Et les enfants qui mangent plus de protéines animales peuvent commencer la puberté sept mois plus tôt que la moyenne. Le soja semble le plus protecteur. Les filles avec les plus hauts niveaux d’apport d’isoflavones alimentaires (les phytonutriments dans les aliments à base de soja) peuvent débuter le développement des seins environ sept ou huit mois plus tard que les filles avec les plus bas niveaux de consommation. Quel effet ces changements pourraient-ils avoir sur les taux de maladies ? Les retards dans l’apparition de la mise en place de la puberté, en réponse à des habitudes alimentaires bénéfiques, des apports plus élevés de protéines végétales et de soja, et une diminution des apports en protéines animales peuvent être important pour la santé publique. Avoir ses règles plus tard, est lié à une réduction du risque de cancer du sein. Et les règles plus tardives sont associées à une mortalité totale inférieure, ce qui signifie une vie plus longue. Par conséquent, un retard dans l’apparition de la puberté d’environ sept ou huit mois, qui est réalisable avec des modifications alimentaires, peut se traduire par une réduction d’environ 6% du risque de cancer du sein, et jusqu’à une diminution de 3% de la mortalité totale (7).
Ça n’est pas qu’un problème chez les filles. Les garçons qui mangent plus de viande dans l’enfance sont plus susceptibles de grandir avec le genre de dépôts de graisse abdominale qui augmentent le risque de maladie cardiaque (Table 2) (8).
Le lait et la précocité sexuelle
Depuis plus de 10 ans, on sait que les femmes qui consomment de la viande ont les taux les plus élevés d’hormones œstrogéniques dans le sang et les véganes, les taux les plus bas, mais c’est peut-être simplement parce que les végétaliens sont beaucoup plus minces (9).
En 2010, la consommation de produits d’origine animale est définitivement liée aux taux d’hormones stéroïdes en circulation dans le sang, quelque soit le taux de graisse corporelle. Le fait que la consommation accrue d’aliments dérivés d’animaux peut avoir des effets néfastes sur le développement des cancers hormono-dépendants. Parmi les facteurs de risque liés à l’alimentation, ce sont le lait et les produits laitiers qui préoccupent le plus les chercheurs, car le lait qui est bu aujourd’hui, provient de vaches gestantes, dans lesquelles les taux d’œstrogènes et de progestérones sont nettement plus élevés. C’est peut-être pour cette raison que les buveurs de lait ont un taux de jumeaux cinq fois plus élevé que celui des végétaliens (10).
Une étude marquante a été publiée en 2010 dans un journal international de pédiatrie sur la quantité d’œstrogènes à laquelle nous sommes exposés lorsque nous buvons du lait, étant donné que la majorité du lait commercial provient de vaches gestantes. Au cours des années 60 et 70, les manipulations génétiques des vaches laitières ont permis de produire du lait tout au long de leur grossesse. C’est pourquoi le lait de vache commercial contient de grandes quantités d’œstrogènes et de progestérone. Au cours de la même période, le nombre de maladies malignes dépendantes des œstrogènes, telles que le cancer de l’ovaire, le cancer de l’utérus, le cancer du sein, le cancer des testicules et le cancer de la prostate ont considérablement augmentés. Manger et boire de l’œstrogène n’est pas seulement un problème pour les femmes ; Les recherches montrent que, parmi les divers produits alimentaires, le lait et le fromage de vache présenteraient également la plus forte corrélation avec l’incidence et des taux de mortalité de ces cancers chez les hommes (11).
Tout particulièrement chez les enfants prépubères, l’exposition à des œstrogènes exogènes dans le lait commercial de vache en gestation. Ainsi, ils ont demandé à de jeunes hommes âgés de 19 à 21 ans et à des enfants de 7 à 9 ans d’essayer de boire un litre de lait de vache en moins de 10 minutes. Pour les hommes, l’estrogène-œstrone a grimpé de 60% moins d’une heure après l’ingestion du lait (fig 3.a). Et les niveaux de testostérones ont considérablement diminués (fig 2.c) (11). Pourtant, le lait n’a pas cette réputation de féminisation, contrairement au lait de soja qui n’a pourtant pas d’effet féminisant sur les hommes, qui sont pourtant disposé à continuer la consommation de lait de vache, contenant de véritables œstrogènes (12).
Pour les enfants, même chose que les hommes, mais avec des résultats encore plus dramatique car ils commencent avec des niveaux très bas. Moins d’une heure après avoir bu du lait de vache, le taux d’hormones stéroïdes sexuelles dans leur corps a plus que triplé (fig 4.c). Et la moité des enfants ne pouvaient même pas terminer le quart de lait (11).
Ces résultats sont préoccupants car certains de ces puissants œstrogènes pourraient être classés comme cancérogènes et le lait est une source riche en hormone et se concentre dans le drainage mammaire. La suppression correspondante de la sécrétion de testostérone signifie que les hommes sont certainement affectés par le lait de vache commercial. La consommation normal de lait de vache pourrait également avoir une incidence sur la taille, la croissance et la maturation sexuelle des jeunes enfants (11).
Cette exposition amène a une tendance alarmante de maturation sexuelle précoce chez les filles. Au cours de la même période, l’exposition aux œstrogènes exogènes, par le biais de la consommation de lait commercial issu de vaches gravides, s’est répandue dans le monde entier. Ils pensent que cette consommation de lait de vache gestante est l’une des principale cause de la maturation sexuelle précoce chez les jeunes enfants. Cette relation entre les œstrogènes dans le lait de vache gestante et la maturation sexuelle chez les enfants doit être reconnue comme un thème important (11).
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