Le vieillissement prématuré [en cours]
Pourquoi vieillissons-nous (si vite) ?
Une bactérie dans une fiole de terre prélevée sur une île mystérieuse créant un composé qui prolonge la vie (1), et non dans le sens médical du terme qui, grâce aux progrès de la médecine moderne, permet de vivre plus longtemps, mais pas en bonne santé, car nous allongeons seulement la phase de morbidité (fig.3), nous vivons donc plus longtemps en étant à la fois plus malades. La médecine traditionnelle augmente le nombre de personnes âgées en mauvaise santé, alors qu’idéalement, nous devrions prolonger la durée de vie en ralentissant le vieillissement (fig.4) pour retarder l’apparition de la détérioration (2). Et c’est ce que semble faire la rapamycine nommé d’après l’île de Pâques. La rapamycin inhibe l’enzyme TOR (dont les lettres signifient « cible de la rapamycine » « Target Of Rapamycin ») (1). Qui peut-être un déterminant majeur de la durée de vie et du vieillissement (3). L’action de TOR a été décrite comme le moteur d’une voiture qui roule à toute vitesse et sans freins. Plutôt que de penser que le vieillissement rouille le corps lentement, une meilleure analogie peut-être une voiture qui roule trop vite, qui entre dans une zone de basse vitesse à l’âge adulte et se détériore parce qu’il ne ralentit pas et ne peut pas ralentir. Il faut donc se demander, pourquoi les organismes vivants ne peuvent-ils pas freiner ? Tout simplement car ils n’en ont jamais eu besoins. Dans la nature, les animaux ne vivent pas assez longtemps pour vieillir. La plupart meurent avant même d’avoir atteint l’âge adulte. Il est noté d’ailleurs qu’il y a plus de trois siècles maintenant, l’espérance de vie à Londres était inférieure à 16ans. Par conséquent, les êtres vivants ont besoin de grandir aussi vite que possible pour commencer la reproduction avant de mourir de causes externes. La meilleure stratégie évolutive peut-être de courir à tout vitesse, mais une fois la ligne d’arrivée franchie, une fois que nous gagnons la course pour transmettre nos gènes, nous continuons à avancer à un rythme insoutenable, grâce à cette enzyme TOR, qui dans notre enfance est un moteur de croissance, mais à l’âge adulte, elle peut-être considérée comme un moteur du vieillissement (4). La nature choisit simplement la flamme la plus brillante qui à son tour jette l’ombre la plus sombre (fig.2) (5). Parfois même dans notre jeunesse, notre corps a besoin de baisser de régime. Lorsque nous évoluions, il n’y avait pas d’épicerie, les famines périodiques étaient la norme, et parfois, même les jeunes devaient ralentir pour atteindre l’âge de procréer. Nous avons donc mis au point un mécanisme de freinage (6). La manière dont la restriction calorique prolonge la durée de vie semble être principalement par l’inhibition de TOR. Lorsque la nourriture est abondante, l’activité des TOR augmente, incitant les cellules de notre corps à se diviser. Quand TOR détecte que la nourriture est rare, elle place le corps en mode conservation, ralentissant la division cellulaire et elle lance un processus appelé autophagie, du grec auto signifiant « soi », et phagy signifiant « manger ». Notre corps se rend compte qu’il n’y a pas beaucoup de nourriture disponible et commence à fouiller dans nos cellules à la recherche de tout ce dont nous n’avons pas besoin (protéines et mitochondries défectueuses, des choses qui ne fonctionne plus et notre corps se nettoie en enlevant toutes les « ordures » et les recycle en carburant ou en nouveaux matériaux de construction, renouvelant ainsi nos cellules (7). La restriction calorique a donc été annoncée comme une fontaine de jouvence (8). Les avantages potentiels d’un tel régime sur la santé et la longévité peuvent être nombreux, mais les symptômes peuvent inclure une baisse trop forte de pression artérielle, une perte de libido, des irrégularités menstruelles, infertilité, perte osseuse, une sensibilité au froid, perte de force, cicatrisation plus lente des plaies, et des conditions psychologiques telles que dépression, atténuation émotionnelle et irritabilité (9). Car on est toujours affamé, heureusement, il existe une meilleure option.
La restriction calorique face à la restriction des protéines d’origine animale
Les bénéfices de la restriction calorique pour la longévité et la santé sont clairement démontrés, elle reste néanmoins difficile à mettre en pratique dans la vie (6). Dans l’étude « Minnesota Starvation » beaucoup des volontaires souffrent de préoccupations alimentaires, de faim constante, de boulimie, et de plusieurs troubles émotionnels et psychologiques. Et même ceux qui font des recherches sur la restriction calorique, ne la mettent que rarement en pratique (9).
Heureusement, il existe un meilleur moyen de contenir l’enzyme responsable du vieillissement, le TOR. Expliquant dès lors l’intérêt des chercheurs de la rapamycine, un médicament qui inhibe le TOR, pensant trouver une restriction calorique en pilule. Mais comme toute drogue, il y a des effets secondaires (10).
Une percée survient lorsque des chercheurs découvrent que les bénéfices de la restriction alimentaire ne viennent peut être pas de la limitation des calories, mais de la limitation de l’apport en protéines (11). Selon une méta-analyse comparative exhaustive sur la restriction alimentaire, l’apport proportionnel en protéine pèse plus sur la longévité par restriction alimentaire que le degré de restriction calorique (12). Le simple fait de réduire les protéines sans même changer l’apport calorique, a des effets similaires à la restriction calorique (13).
La restriction des protéines étant plus facile à maintenir, que la restriction alimentaire et pourrait être plus puissante puisqu’elle supprime à la fois le TOR et l’IGF-1, les deux causes auxquelles on attribue les gains majeurs en terme de longévité et de santé en cas de restriction calorique (14). Et certaines protéines sont pires que d’autres. Un acide aminé en particulier, la leucine, semble avoir un effet particulièrement prononcé sur le TOR (15). Le simple fait de réduire la leucine pourrait être presque aussi efficace que le fait de réduire l’apport en protéines (16). La leucine se trouve principalement dans les aliments d’origine animale : œufs <produits laitiers < viande (comprenant également le poulet et le poisson), tandis que les aliments végétaux en ont beaucoup moins : fruits < légumes < céréales < haricots (table 2,3,4). En général, on n’atteint un faible niveau de leucine qu’en limitant les protéines animales. Pour consommer la quantité de leucine présente dans les produits laitiers et la viande il faut manger 4kg de chou, 4 grosses laitues ou 100 pommes. Ces équivalences montre la très forte différence entre la quantité de leucine fournie par un régime dit conventionnel et celle fournie par une alimentation végétale. Le rôle que joue la leucine dans la régulation de l’activité TOR pourrait expliquer les résultats extraordinaires rapportés par l’étude « Cornell-Oxford-Chine » (17). Car les régimes quasi-végétaliens à faible teneur en protéines ont tendance à être relativement faibles en leucine (18). Cela aiderait aussi à expliquer la longévité des populations à longue durée de vie comme celle des japonais d’Okinawa, dont le taux de mortalité est la moitié du nôtre (19). L’alimentation traditionnelle d’Okinawa n’était qu’à ±10% faite de protéines et pratiquement nulle en cholestérol (table 2)(21), comme s’ils ne mangeaient presque que des plantes. Seul 1% du régime était constitué de poisson, de viande, d’œufs et de produits laitiers, même moins qu’1% soit l’équivalent d’une portion de viande par mois, et d’un œuf tous les deux mois (table 1)(20). Seuls les adventistes végétariens de Californie vivent plus longtemps (19), faisant que leur espérance de vie est sans doute la plus élevée qui soit connue dans l’histoire écrite des peuples (table 5)(22).
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