Évolution et épidémie d’obésité
La surconsommation des calories disponibles est peut-être programmée dans notre ADN. L’existence de l’espèce humaine est conditionnée dans un mode de vie de survie dans un contexte de manque imprévisible qui nous a conditionné pour manger autant que nous le pouvons quand la possibilité se présente en stockant le reste pour plus tard. La disponibilité de la nourriture étant à l’époque un élément incertain. Cette particularité génétique s’est transmise aux descendant survivant. L’être humain est le résultat d’une sélection naturelle de longue durée qui l’a transformée en une machine à conserver les calorie qui a permis de survivre dans les moments de disettes. C’est le concept d’épargne des gènes qui a été proposé en 1962 (1). L’obésité serait donc le décalage existant entre notre société contemporaine et l’environnement dans lequel nous avons évolué (2). L’obésité est souvent qualifié comme de la gourmandise ou de la paresse, alors qu’elle peut simplement être une réponse normale à un environnement qui ne l’est pas (3). Notre corps est les résultat d’une longue évolution, il a des mécanismes conçus pour garder un certain équilibre avec des limites supérieures ou inférieures comme la transpiration quand il fait chaud, ou frissonner quand il fait froid . Mais le corps humain a peu de raison pour développer une limite supérieure à l’accumulation de graisse corporelle (4). Nous sommes programmés pour se gaver de chaque morceau en vue et stocker autant de calories sur notre corps que possible (5). Ce qui était adaptatif autrefois est maintenant un problème. L’hypothèse de l’épargne des gènes, née il y a plus d’un demi-siècle (1), fournit une explication de l’épidémie d’obésité qui touche notre monde et a été rapidement adopté par les scientifiques même si la base reste très théorique (2).
Comme vu avant, l’obésité est souvent qualifié comme ayant pour origine un défaut de la personne (3), mais c’est aussi car la vision traditionnelle de l’obésité qui date d’il y a plus d’un siècle était que toutes les personnes obèses ont le même travers fondamental ; elles mangent trop (6). Ce qui est vrai dans le sens calorique, énergétique de la nourriture, mais pas de la quantité. Cela vient d’une préférence innée pour les aliments plus denses énergétiquement, c’est à dire gras, sucrés ou salés. Cette préférence était nécessaire à une époque ou il était difficile de trouver en abondance et de manière régulière de la nourriture, il fallait donc penser à l’efficacité de la cueillette et de la chasse. Nous avons donc évolué pour être attiré par la nourriture à forte densité calorique (7). Nous pouvons prendre l’exemple d’une personne ayant besoin de 2500kcal par jour. Si la personne arrive a récupérer 1kg par heure de nourriture faisant 250kcal, il lui faudrait 10h pour arriver à combler ses dépenses énergétique de la journée. Alors que si la personne trouve des aliments ayant une plus grande densité calorique comme 500kcal le kilogramme, il ne lui en faudrait plus que 5 heures pour se sustenter et avoir d’autres occupations à côté. Car plus la densité calorique est élevée, plus la cueillette ou chasse sont efficaces. Nous avons développé une capacité importante à discriminer la nourriture basé sur la densité calorique et à être attirés par la plus dense (8). Lorsqu’on regarde la consommation de fruits et de légumes chez les enfants de 4 ans, leur goût est corrélé à la densité calorique (9). Nous perdons d’ailleurs pour les aliments les plus caloriques et inhabituel dans le sens ou ils ne sont apparus que récemment, notre aptitude à différencier. Nous n’avons par contre aucun mal à faire cette distinction calorique pour les produits naturellement présent historiquement. Notre perception est donc atténuée ou faussée pour les aliments extrêmement dense énergétiquement (8). Les aliments modernes et transformés exploitent ces vulnérabilités biologiques en raffinant les aliments pour obtenir des aliments plus denses énergétiquement comme l’huile, le sucre ou la farine. La majeure partie du temps, il y a extraction des fibres qui ne contiennent aucune calorie comme la transformation d’aliments complets en aliments transformés ou encore plus transformés comme le riz, la farine, ou de manière plus extrême, nourrir les animaux avec l’agriculture pour retirer 100% des fibres. Cette vision des choses est à l’origine de C.R.A.P., un acronyme signifiant Aliment Riche en Calorie et Raffiné (Calorie Rich And Processed food). On remarque que les calories des produits transformés sont concentrés de la même manière que les plantes que deviennent qui deviennent des drogues comme les opiacés et la cocaïne avec les procédés de concentration, cristallisation, distillation et extraction (10). Il semblerait par ailleurs que l’activation neuronales soit similaire dans le cerveau pour les circuits de récompense. Les images IRM sont les mêmes que celle pour la cocaïne lors de la consommation de drogue par exemple (11-12). Montrant ainsi l’inadéquation de la nutrition contemporaine et transformé, bien trop riche en calories. Alors que pendant des millions d’années, avant de savoir chasser, notre organisme s’est construit sur une alimentation à base de plantes, racines, fruits et noix (13).
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