Le jeûne V2

La théorie du jeûne et de ses probables bénéfices

L’histoire de l’homme regroupe un nombre incalculable de périodes de famines. Et nous somme particulièrement adaptés à des jeûnes prolongés. Il est pensé que le fait d’évoluer dans un contexte de pénurie a entrainé la capacité que nous avons à stocker de grandes quantités de calories quand la nourriture est disponible. Cette prédisposition qui est un avantage en période de famine, qui nous a permis d’exister aujourd’hui, est ce qui paradoxalement nous fait facilement prendre des kilogrammes et conduit aux maladies chroniques modernes (obésité, diabète de type 2…) (1). Ces épisodes de famines sont fréquents et réguliers dans l’histoire de l’humanité et même jusqu’à aujourd’hui. De l’Égypte antique, où ils en sont arrivés à manger leurs enfants. Voir plus tard avec la grande famine (1315-1317) où des parents tuaient leurs enfants et inversement, mais également mangeait les criminels sur morts les potences (2). Cette famine décimant presque ²/₃ de la population italienne et ¹/₃ parisienne. Ces famines ont eu lieu récemment, et les populations riches occidentales actuelles les ont subis à de multiples reprises. Avec par exemple près de 200 famines sur les 2000 dernières années pour la Grande Bretagne (3-4). Le problème actuel est l’inverse. Les populations souffrent de l’abondance. Ce pourrait-il qu’il existe des effets négatifs à ne jamais être affamé ? Car notre physiologie serait adaptée à des famines périodiques, et leurs absences ne seraient pas sans conséquences négatives pour nous (5). Des études sur des groupes de population ont pu être fait à l’insu des personnes. En effets, des docteurs dans le ghetto de Varsovie ont établi des récits détaillés, ou de prisonniers irlandais pratiquant des grèves de la faim et mourant après 73 jours (6). Mais il y a des nuances entre la jeûne et la privation de nourriture. La privation de nourriture est en générale une condition forcée, stressante moralement. Alors que le jeûne thérapeutique est volontaire, limité dans le temps et habituellement commencé par des gens ayant une nutrition adéquate. Ce jeûne thérapeutique a une longue histoire en Europe (7) qui est peut-être venu de l’observation que lorsque des gens tombent malades, ils ont également tendance à perdre l’appétit. Amenant à penser que c’est peut-être un comportement innée du corps qui pousse à arrêter de manger (8). Dans l’idée que le jeûne permettrait au corps, un repos physiologique car il permettrait de libérer toutes les ressources généralement utilisées pour la digestion de nutriments et le stockage pour la guérison de l’organisme. Il existe ce concept pour lequel pendant le jeûne, nos cellules basculent dans un mode protecteur (7). Le jeûne permettrait de réduire les inflammations dû aux radicaux libres et stimulerait la protection cellulaire (9). C’est le concept d’hormèse répondant à l’adage « ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ». Le jeûne va mettre le corps en état de stress pour armer le corps à faire face à d’autres sources de stress futures (8).

 

Le jeûne modifié comme alternative

Il existe un type de jeûne qui ne modifie pas le total calorique journalier avec par exemple le Ramadan. Les pratiquants ont ici tendance à manger le même volume ou même plus (6). Aux USA, où la tendance est au jeûne à l’eau et dont il a été fait mention précédemment. En Europe, nous avons plus l’habitude d’user du jeûne modifié ou jeûne de Buchinger qui est un régime basse calories tournant entre 200 et 250kcal et basé sur des jus et des bouillons de légumes (8). Une grande étude constitué de plus d’un millier de volontaire qui ont été soumis à un jeûne de Buchinger avec une consommation quotidienne d’environ 10 verres d’eau, d’un verre de jus de fruit et une tasse de soupe de légume (10). Par rapport au jeûne à l’eau qui avait recensé presque 6000 effets secondaires (11). Et même si l’étude sur le jeûne modifiée sous-estimait les effets secondaires en ne compatibilisant que ceux qui se répétaient au moins  trois fois, les cas de désagréments étaient moins importants qu’avec le jeûne à l’eau (10-11). Les bénéfices sont également importants. Les participants ont notés des améliorations émotionnelles, physiques ainsi qu’une absence de faim. Ainsi qu’une amélioration des symptômes pour les participants ayant des maladies avec moins de 10% indiquant une dégradation de leurs conditions. Autre avantage de cette étude et qu’elle n’était pas qu’une étude sur le jeûne mais résultant d’un programme complet basé sur un changement de style de vie. Avec un changement de régime alimentaire avant et après le jeûne avec un régime végétalien (11). Une comparaison a même été faite dans ce sens, où sur 2000 personnes, environ 1000 personnes ont suivi le jeûne modifié et l’autre partie à un régime normo-calorique végétarien pendant la durée du test. L’amélioration de la qualité de vie (physique et mentale) a été observée pour les deux groupes, mais toutefois qu’il y ait une différence significative entre les deux groupes. Le problème étant dans cette étude, l’absence de groupe de contrôle et la non randomisation des personnes dans l’étude. Mais il a été observé des améliorations notables dans les régimes avec plus de fruits et légumes et moins de viandes et sucreries. L’expérience de jeûne a induit une motivation pour des changements de style de vie. La plupart des personnes ayant effectués le jeûne ont observé des changements comme une plus grande clairvoyance, un sentiment de lâché prise sur les expériences passées, et ont ainsi développé une attitude plus positive pour le futur (12).

 

  1. McCue MD, ed. Comparative Physiology of Fasting, Starvation, and Food Limitation. Berlin, Heidelberg: Springer Berlin Heidelberg; 2012:1-5.
  2. Prentice AM. Starvation in humans: Evolutionary background and contemporary implications. Mech Ageing Dev. 2005;126(9 SPEC. ISS.):976-981.
  3. Elia M. Hunger Disease. Clin Nutr. 2000;19(6):379-386.
  4. Prentice AM. Starvation in humans: Evolutionary background and contemporary implications. Mech Ageing Dev. 2005;126(9 SPEC. ISS.):976-981.
  5. Cahill GF, Owen OE. Starvation and survival. Trans Am Clin Climatol Assoc. 1968;79:13-20.
  6. Johnstone AM. Fasting – The ultimate diet? Obes Rev. 2007;8(3):211-222.
  7. Wilhelmi De Toledo F, Buchinger A, Burggrabe H, et al. Fasting therapy – An expert panel update of the 2002 consensus guidelines. Forsch Komplementarmed. 2013;20(6):434-443.
  8. Michalsen A, Li C. Fasting therapy for treating and preventing disease – Current state of evidence. Forsch Komplementarmed. 2013;20(6):444-453.
  9. Longo VD, Mattson MP. Fasting: Molecular Mechanisms and Clinical Applications. Cell Metabolism. 2014;19(2):181-192.
  10. Wilhelmi de Toledo F, Grundler F, Bergouignan A, Drinda S, Michalsen A. Safety, health improvement and well-being during a 4 to 21-day fasting period in an observational study including 1422 subjects. Ruscica M, ed. PLOS ONE. 2019;14(1):e0209353.
  11. Finnell JS, Saul BC, Goldhamer AC, Myers TR. Is fasting safe? A chart review of adverse events during medically supervised, water-only fasting. BMC Complementary and Alternative Medicine. 2018;18(1):67.
  12. Michalsen A, Hoffmann B, Moebus S, Bäcker M, Langhorst J, Dobos GJ. Incorporation of fasting therapy in an integrative medicine ward: evaluation of outcome, safety, and effects on lifestyle adherence in a large prospective cohort study. J Altern Complement Med. 2005;11(4):601-7.